jeudi 1 novembre 2012

Où s'arrêtera Wikipédia ?

On a beaucoup parlé ces derniers temps de cet article du mensuel américain The Atlantic, repris par Slate. Intitulé « Wikipédia est proche de la complétude » il postule que tous les sujets réellement importants ont déjà été traités sur Wikipédia (ou, du moins, sur sa version anglophone), et qu'il n'y a plus grand chose à y faire. En somme, l'encyclopédie ne serait plus intéressante que pour ces spécialistes du cerveau de la sangsue gentiment moqués par Nietzsche-Zarathustra. A moins d'être un sur-expert, connaissant presque tout sur presque rien, on aurait peu d'occasion de contribuer et encore moins de créer un article.

Autant dire que ce type d'analyse a généré de nombreux commentaires (là-dessus je vous renvoi notamment à la discussion du bistro, mais il y a aussi quelques tweets qui doivent traîner de-ci, de-là). A titre personnel, j'ai participé à un intéressant débat sur la liste mail wiki-research-l. Plutôt que de s'amuser un peu des prétentions infondées de The Atlantic, on a tenté de résoudre le problème suivant : combien d'articles contiendrait une hypothétique Wikipédia « complète » ?

Emirjp avait tenté une estimation générale en synthétisant plusieurs estimations secondaires (nombre de  biographies, nombre d'espèces biologiques etc.). Par additions successives, il en était parvenu à un total de 120 millions d'articles. Il reconnaît lui-même que ce chiffre est sans doute en-dessous de la vérité. Néanmoins, il fournit une bonne fourchette d'ensemble. On doit probablement se situer quelque part entre 50 et 300 millions d'articles.

Même si on parvenait à établir une estimation dans l'absolu, il convient de se rappeler qu'elle ne vaut que pour l'instant. Wikipédia ne se construit pas hors du temps. Au fur et à mesure que le projet encyclopédique avance et grandit, le nombre d'articles potentiels s'accroît. Chaque année apporte son lot de découvertes et de médiatisation. Chaque année apporté également son lot d'innovations : les structures scientifiques et médiatiques deviennent plus efficaces et peuvent ainsi apporter quantitativement plus de découvertes que l'année précédente.

On peut donc supposer que l'évolution du nombre d'articles admissibles suit la formule suivante :
a + (b * (c^(t-2012)))
a représente le total de créations envisageables en 2012, b symbolise le nombre de nouveaux sujets qui débarquent en 2013, c indique le rythme d'amélioration qualitative et quantitative des sources de références (publications scientifiques, médias…). Simplement pour le principe de la démonstration, on peut retenir l'estimation d'Emirjp pour a (soit 120 000 000), établir b aux environs de 100 000 (ce qui est loin d'être énorme : il se publie chaque année plusieurs millions d'articles scientifiques), et définir un rythme de 5% pour c.



Ceci fait, on obtient la courbe typique d'une suite géométrique. L'évolution est d'abord plutôt lente. On n'atteint 125 000 000 d'articles qu'en 2030. Puis, elle ne cesse de s'accélérer. On dépasse 200 000 000 en 2086, on double l'estimation originelle de 2012 moins d'une décennie plus tard.

Au vu de l'évolution de la science au XXe siècle, cette modélisation un tantinet exponentielle me paraît plutôt vraisemblable. Reste la question des chiffres. Le meilleur moyen pour en rendre compte serait peut-être d'analyser le problème non par rapport aux sujets encyclopédiques, mais par rapport aux sources disponibles. On peut supposer qu'il existe une corrélation entre la masse des publications fiables et le nombre d'objets encyclopédiques. Celle-ci sera l'objet de mon prochain billet…

mardi 30 octobre 2012

Vers un second blackout à l'italienne…

Par rapport à ce que je décrivais dans mon dernier billet, la situation s'est pas mal compliquée sur la wikipédia italophone. Je vais essayer de résumer tout cela simplement.

Depuis cinq jours, l'ensemble des articles et des pages sont précédés un bandeau d'avertissement préalable. La traduction française est disponible ici. Elle rend compte du problème en ces termes.
Wikipédia reconnaît le droit à la protection de la réputation de chacun, et les utilisateurs qui y contribuent gratuitement se mobilisent déjà tous les jours pour s'en assurer. L'approbation de cette norme, cependant, obligerait à modifier le contenu indépendamment du respect de la neutralité de point-de-vue.
Vers quoi s'achemine-t-on ? Après plusieurs tergiversations, les contributeurs italophones semblent privilégier l'option d'un blackout préventif. Un nouvel élément a, un temps, failli renouveler la donne. Un amendement discuté au Sénat permettrait d'exclure d'emblée Wikipédia du champ d'application de la loi. Un article du Corriere della Serra spécifie ainsi que :
L'obligation de rectification ne concerne que les textes journalistes et ne vaut que pour les articles publiés. Il n'y a aucune obligation pour les commentaires.
Or, Wikipédia n'héberge pas de textes journalistiques (qui requièrent un travail inédit, soit une pratique explicitement rejetée par les principes fondateurs). Elle ne serait donc pas directement concernée.

L'amendement aurait néanmoins une incidence secondaire significative : Wikipédia devrait corriger les sources journalistiques rectifiées. Et, certaines dispositions de la loi demeurent relativement ambiguë. Le contributeur Codicorumus souligne ainsi que l'alinéa n°6 concernerait toujours potentiellement Wikipédia. Celui-ci prend en compte de manière large les publications non périodiques (stampa non periodica). Leur éditeur serait astreint à republier une nouvelle version tenant des rectifications exigées. A priori, Wikipédia pourrait rentrer dans ce champ.

En somme, qu'il soit direct ou indirect, le risque d'une déformation significative de la NPOV demeure. Raison pour laquelle, les italophones se décident finalement à sortir l'artillerie lourde.

Un vote est ainsi organisé pour détailler les modalités d'un éventuel blackout. L'option n°2 est la plus appréciée (46 pour vs. 2 contre). Elle consiste en une sorte de blackout intermittent : le sitenotice s'affiche pendant quelques secondes, puis le lecteur peut accéder à la page de l'encyclopédie. Elle est suivie par l'option n°1 qui consiste purement et simplement en une reproduction de la grève de l'année dernière (blackout complet sans possibilité a priori d'accéder aux articles — même si une bidouille informatique reste toujours possible).

Le blackout édition 2012 serait ainsi plus soft que le blackout édition 2011.

jeudi 25 octobre 2012

Remake italien…

Mise à jour : la loi incriminée aurait apparemment été amendée, et ne constituerait plus une menace pour wikipédia en général et le second principe fondateur en particulier. Les wikipédiens italiens discutent en ce moment de l'opportunité de maintenir un sitenotice et/ou d'organiser un blackout.

Comme je viens de le signaler sur Twitter, la Wikipédia italophone est sur le point de récidiver son coup d'éclat d'octobre 2011.

A moins d'être un nouveau venu sur Wikipédia ou de limiter votre champ de contribution aux menhirs du Var ou aux philosophes mégariques, vous avez sans doute entendu parler de cette première révolte wikipédienne, qui a d'ailleurs en grande partie inspiré la grande grève anglophone contre le SOPA.

La cause de cette nouvelle grève est la même qu'en 2011 : une disposition en discussion depuis plusieurs années au parlement italien. A l'époque, cette disposition étaient contenue dans le Comma (ou alinéa) n°29 de la DDL. A la faveur d'un petit toilettage, elle a changé de numérotation et possède maintenant un statut de loi indépendante, dite Disegno di Legge N. 3491.

Le Comma 29 et le Disegno 3491 ne diffèrent quasiment pas. Dans un cas comme dans l'autre, tout texte pressenti comme diffamatoire pourra être retiré à la simple demande de la personne qui s'estime diffamée, sans passer par le circuit judiciaire usuel. Le refus d'obtempérer entraîne le versement d'une amende importante. Comme je le soulignais en octobre, l'application stricte de ce cadre légal est clairement attentatoire au respect de la neutralité de point-de-vue. Il devient difficile de rédiger une encyclopédie dans ces conditions.

Quelques concessions mineures ont été apportées aux journalistes qui protestaient de longue date contre cette loi-baillon. En particulier, les pénalités ont été abaissées de 30000€ à 5000€.

Ce second blackout a un petit air de déjà-vu. En juin dernier, les wikipédiens italiens étaient sur le point de s'y résoudre. L'examen de la loi avait été finalement repoussé in extremis à la rentrée, repoussant d'autant l'examen d'une protestation concordante. Or, nous y sommes.

Depuis quelques instants, les centaines de milliers d'articles de la wikipédia italophone sont précédés d'une large bannière informative :

 

Ce n'est qu'un début. La discussion se poursuit actuellement sur une sous-page du bistro local. Pour l'instant le consensus paraît nettement favorable à un blackout (environ 85-90% de soutien). Incessamment sous peu, tous les articles du wikipédia italiens devraient rediriger vers une seconde bannière :


Dans l'ensemble, les contributeurs insistent mettent en évidence que, si cette menace n'est pas nouvelle, elle semble cette fois imminente (stavolta la loro approvazione sembra imminente). Ses conséquences n'ont rien d'anodins : la loi met directement en péril le second principe fondateur de Wikipédia, la neutralité de point de vue (obbligherebbe ad alterare i contenuti indipendentemente dalla loro veridicità).

Cette adresse se termine sur une promesse sans ambiguïté : l'encyclopédie est le patrimoine de tout-le-monde, nous ne permettrons pas qu'elle disparaisse (L'Enciclopedia è patrimonio di tutti. Non permetteremo che scompaia).

Là dessus, je me permettrai quelques observations, pas forcément très positives. Je suis un peu surpris de l'apparent attentisme de Wikimedia Italia. Le wiki de l'association comporte peu d'information sur la DDL ou sur d'éventuelle tentative de contre-lobbying. C'est d'autant plus curieux que Wikimedia Italia ne manquait pas de munitions et pouvait sans doute lancer une large campagne de prévention.

On peut discerner au moins quatre arguments ou relais éventuels :

1. Le temps, déjà, tout simplement. Entre le premier blackout et son éventuel successeur, il s'est écoulé plus d'un an. Soit largement le temps nécessaire pour s'organiser.

2. Le Comma 29 devenu Disegno 3491. Il est manifestement mal foutu et difficilement compatible avec la structure décentrée d'Internet. Les parlementaires ne sont pas des gens complètement bornés : quelques démonstrations par l'absurde (évidemment bien médiatisées) auraient peut-être suffit à les convaincre de la nécessité de réexaminer tout ça. D'autant que Silivio Berlusconi n'est plus là pour en faire une affaire personnelle…

3. La menace d'un nouveau blackout. A ma connaissance, on en parle assez peu dans la presse italienne. En dépit de l'imminence de la chose les résultats de google actualité sont plutôt maigrelets. Cela reste en grande partie de la cuisine interne à it.wiki. Il ne fallait pourtant pas hésiter à publiciser cette épée de Damoclès.

4. Les soutiens publics dont dispose Wikipédia : associations libristes, journalistes, éventuellement des députés. Ces soutiens sont loin d'être négligeables. Deux contributeurs francophones étaient bien parvenus à mettre en place un vote sur la liberté de panorama à l'Assemblée nationale. Ça ne s'était finalement pas révélé concluant, mais cela prouve au passage la marge de manœuvre n'est pas si restreinte que ça.

Bref, j'ai un peu l'impression que la communauté italophone se trouve contrainte d'agir par elle-même. Et donc, de recourir à la manière forte. Est-ce la bonne option ? Pas forcément. A mon avis, le blackout perd de son efficacité dès qu'il est répété. On pourrait presque parler d'un one-shot : une fois l'effet de surprise initial dissipé, le risque existe que les décideurs politiques passent outre.




 

vendredi 21 septembre 2012

De l'utilité du flou

Ces derniers jours, les nécessités de ma thèse m'ont amené à découvrir un petit ouvrage de sociologie très intéressant : Le journalisme ou le professionnalisme du flou de Denis Ruellan.

Il y a des petites choses contestables dans ce bouquin – notamment le fait que l'auteur peine à masquer un antiaméricanisme latent. Il utilise ainsi systématiquement l'adjectif étatsunien (avis aux concepteurs de cette PDD…). La thèse centrale n'en est pas moins pertinente : pour Ruellan, les journalistes ont intentionnellement maintenu un certain flou sur la signification de leur profession, et ce afin de ne pas enrayer une dynamique de croissance favorable. En effet, si une interprétation du journalisme venait à l'emporter au détriment des autres, on rentrerait dans une logique d'exclusion (untel ne fait pas vraiment du journalisme…) qui pénaliserait finalement l'ensemble de la profession.

Ruellan invoque à l'appui de sa thèse une intuition de Luc Boltanski :

C'est parce qu'elle demeure vague au sens de relativement indéfinie et de relativement indéterminée […] que la catégorie peut exercer des fonctions d'amalgame et de neutralisation des antagonismes les plus puissants sur une fraction étendue de l'espace social [p. 52]

Évidemment, en lisant ceci, je ne peux pas ne pas penser à Wiki. Les débats et exégèses sur les principes fondateurs constituent en effet une sorte de compétition éternellement recommencée – les byzantins et leur sexe des anges n'étaient finalement que de petits joueurs par comparaison. Or chacun de ces principes autorise de multiples interprétations.

Pendant longtemps, le 2e PF a eu la primeur des éxégètes : la notion de neutralité de point-de-vue présentait d'emblée un large boulevard ouvert à des instrumentalisations largement contradictoires. Il s'est un peu resserré au cours de ces dernières années. L'impératif de la référence, la distinction entre sources primaires et sources secondaires, la nécessité de représenter l'état de recherche : tous ces corollaires ont permis de limiter l'angle d'interprétation. Pour autant, le débat est loin d'être clos. L'attention nouvelle portée à la donnée remet un peu en cause un paradigme antérieur fondé sur la sourçabilité.

Aujourd'hui, le 1er PF paraît beaucoup plus trendy. Par-delà sa simplicité apparente, la définition Wikipédia est une encyclopédie contenait plusieurs bombes en puissance : à quelle encyclopédie fait-on référence ? Générale ou spécialisée ? Et de toute manière à quoi renvoie le terme d'encyclopédie aujourd'hui ? N'a-t-il pas fondamentalement changé avec l'arrivée de l'informatique et, il faut bien le reconnaître, l'apparition de Wikipédia ? Une encyclopédie a-t-elle devoirs particuliers ? Doit-elle s'abstenir de tout engagement politique ? Même pour maintenir sa propre existence ? Toutes ces questions restent relativement irrésolues. Elles ont donné lieu à des réponses contradictoires d'un utilisateur à l'autre et d'une communauté à l'autre.

Je ne vais pas m'appesantir sur les autres PFs, même si ils charrient tout autant leur lot d'incertitudes (Fair use…). L'un dans l'autre, l'objectif est assez clair : il s'agit de mettre au point un socle de référence suffisamment ambiguë pour permettre à de multiples postures encyclopédiques de cohabiter. Cette cohabitation s'entendant aussi bien l'échelon individuel (la dichotomie inclusionniste/suppressionniste dissimule quantité de fractures parallèles) que collectif (on a pu constater récemment que les règles d'admissibilité de la Wikipédia anglophone sont plus permissives sur les biographies et moins sur les personnages de fiction).

Sans cette prime à la cohabitation, Wikipédia s'exposerait à redevenir un site de niche, ne fédérant qu'une équipe soudée, mais de taille restreinte – finalement, c'est un peu le schéma de Citizendium. Il y a ainsi quelque intérêt à maintenir du flou, ne serait-ce que pour assurer le renouvellement des rangs et pour garantir une certaine marge de manœuvre selon les circonstances.

Et voilà. C'était ma petite incise sociologique du jour. La prochaine fois je vous parlerai sans doute de technique – un petit mouvement de balancier sciences humaines, sciences dures, ça fait toujours du bien…

 

mardi 18 septembre 2012

Un nouveau concurrent ?

C'est sur le blog de l'ami Frakir que j'ai appris l'existence d'une terrible menace pour l'existence des projets Wikimédia, relayée dans une brève alarmante des inrockuptibles. Elle porte un nom pourtant bien poétique : quora. Avant de battre d'emblée en retraite interrogeons-nous a minima : à quoi a-t-on à faire ?

Modélisation hypothétique d'un(e) Quora ayant achevé sa mue encyclopédique

Les prétendants à la succession de Wikipédia se répartissent généralement en deux classes. Il y a ceux, généralement d'anciens leaders sur le marché, qui soulignent à force trait leur respectabilité et leur expertise durable. Typiquement, l'Encyclopedia Universalis ne se définit quasiment plus que par rapport à Wikipédia – il faudrait vraiment que je fasse un petit billet sur sa dernière campagne de promo. Il y a ensuite ceux, plus nombreux, qui se veulent plus ouvert que l'encyclopédie en ligne. On songe évidemment au cas emblématique de Knol, l'encyclopédie google qui comptait ériger le POV pluriel au rang de principe fondateur. Évidemment, ces deux catégories ne sont pas immuables. Des passerelles sont toujours possibles. L'encyclopédie de Larousse qui se positionnait initialement sur le terrain de l'encyclopédie traditionnelle n'a finalement pas hésité à adopter une posture « ouverte », afin de récupérer au passage quelques déçus de wiki.

Quora revendique sans ambiguïté son appartenance à la seconde catégorie. Elle/Il [je ne connais pas le genre de l'objet même si je penche plutôt pour le féminin] n'est en effet pas venu spontanément sur le marché de l'encyclopédisme. Il s'agit initialement d'un site de question/réponse – une sorte d'oracle gigantesque où les gens posent leurs questions, d'autres gens leurs répondent et d'autre gens encore évaluent et les questions et les réponses aux questions. Fort d'un succès indéniable, ses concepteurs ont commencé à affûter leurs ambitions et à se positionner sur un segment plus large, privilégiant un aspect (l'encyclopédicité) aux dépens des autres (notamment des affinités assez fortes avec un réseau social – ce n'est pas pour rien que les deux fondateurs sont d'anciens salariés de Facebook). L'année dernière, Techcrunt mettait ainsi en évidence le rapprochement formel entre Quora et Wikipédia.

Cette réorientation est-elle judicieuse ? L'idée de base consiste à présenter un pre-knowledge, là où Wikipédia proposerait un knowledge digéré et agréé par la communauté scientifique. En gros, le travail inédit est admis dans la mesure où il permet de recenser les idées émergentes non encore institutionalisées. L'un dans l'autre, ça peut se défendre : plutôt que de répéter wikipédia (fatalement en moins bien, wiki disposant quoiqu'on en dise de dix ans d'avance…), on cherche à proposer quelque chose de différent, un ensemble de données que l'on ne retrouvera peut-être pas ailleurs.

Ceci dit, Quora présente en pratique au moins deux grosses faiblesses. Elles finiront peut-être par se résorber, mais en l'état, ça me paraît rédhibitoire.

  1. Le mode question/réponse ne constitue que l'un des usages de Wikipédia. On peut très bien consulter l'encyclopédie pour de nombreuses autres raisons : sonder une thématique générale, rechercher une bibliographie sur un sujet, flâner d'un article à l'autre… Les réponses de Quora ne permettent pas tout cela : il s'agit de textes brefs, potentiellement subjectifs, qui ne prétendent répondre qu'à une demande précise sans faire le tour d'un objet ou d'un terme défini.
  2. Quora n'est pas placé(e) sous licence libre. L'air de rien, cela pose de nombreux problèmes pratiques : on ne peut bénéficier de l'audience parallèle des sites miroirs, ni des reprises éventuelles dans des blogs, projets ou livres. Qui plus est, le fait de s'approprier entièrement le travail des contributeurs n'est pas de nature à attirer experts et amateurs sérieux…
À tout ceci, il convient d'ajouter que Quora devra bientôt faire face à un concurrent potentiellement destructeur : Wikidata. Le nouveau projet de la Wikimedia Foundation vise entre autre à répondre à toute les questions, en générant automatiquement les réponses par croisements successifs de données. Le cœur de cible de Quora serait directement menacé.

En somme, il est difficile de dire qui est le concurrent de qui…