Quelque fois, on se dit que Wikipédia pousse le paradoxe de l'observateur dans ses ultimes retranchements. Analyser et évaluer l'encyclopédie en ligne, c'est déjà l'altérer. Plus d'un journaliste qui s'est amusé à pointer les erreurs d'un article a pu en faire l'expérience : en un temps généralement très bref, celles-ci se trouvaient corrigées.
Dans une moindre mesure, ma mini-série de billets sur l'accueil des nouveaux se trouve confrontée au même phénomène : à force de dire ce qu'il fallait faire, j'ai moi-même tenté quelque chose, modifiant, certes assez marginalement, mon terrain d'observation.
Au cours des deux derniers jours, je me suis livré à une expérimentation sur le projet politique. J'ai mis au point deux nouveaux « modules » qui visent à concrétiser ce que je n'avais esquisser que dans l'abstrait.
Le premier, Comment participer ? reprend un peu les directives de Wikibétisation partielle : mener une réflexion sur la « priorité des informations transmises aux nouveaux contributeurs ». Concrètement, cette page présente didactiquement (et doctement) plusieurs principes de bases de la contribution encyclopédique. Une attention toute particulière est accordée aux références, à la fois d'un point de vue technique (comment utiliser le modèle — pour un rédacteur non habitué au html, ça n'a rien d'une science science infuse) et, surtout, éditoriale (quelles sont les bonnes sources à utiliser et comment les présenter). Afin de mieux illustrer ces diverses recommandation, j'ai décidé de recourir à un exemple visuel. Il ne s'est pas avéré facile à trouver. Les meilleurs articles de Wikipédia utilisent en effet des modèles élaborés. En voyant surgir d'office un harvsp ou un ouvrage, le nouveau venu risque d'être plutôt découragé qu'encouragé — que dis-je, déboussolé, terrorisé, anéanti par cette litanie de symboles kabbalistiques. Pour cette raison, j'ai préféré opter pour un article vaguement passable, Président de la république française. Le référencement n'a rien de transcendantal, mais il est fait simplement, sans fioriture.
Le second module, Ressources en ligne, tend vers un double but. Il s'agit d'une part de faciliter le travail des nouveaux en leur indiquant des sources de qualité facile d'accès. Comme je le soulignais sur De l'accessibilité des sources, de nombreuses revues scientifiques ont numérisé leurs archives au cours des dernières années. Les revues de science humaines ont été un peu plus lentes au démarrage que leurs consœurs des sciences dures, mais le fait est qu'on dispose désormais un très large stock de publications de qualité, qui n'attendent que d'être mis en valeur sur l'encyclopédie. J'ai ainsi opéré une sélection des principales revues en science politique, auxquels j'ai joins les adresses de deux hébergeurs de thèses en ligne. S'ensuivent, également, quelques recommandations sur la recherche bibliographique (en particulier, le bon usage combiné que l'on peut tirer de Google Books et du SUDOC). L'autre optique, plus lointaine et plus ambitieuse, consiste à renforcer l'accessibilité des informations encyclopédiques. A mon avis, c'est un enjeu capital dont dépend la prétention à la scientificité de Wikipédia. Les mentions bibliographiques intégrées dans le modèle présentent toujours un certain risque : le contributeur peut très bien se tromper de page, mal reprendre ou déformer (consciemment ou inconsciemment) les informations référencées. Utiliser des sources de qualité numérisées, c'est également donner la possibilité au lecteur de vérifier ce qu'il lit et, si erreur il y a, d'en faire part à la communauté ou de la corriger lui-même.
Je me lancerai bien dans une plus ample analyse de ce principe d'accessibilité, illustration à l'appui (j'avais notamment en tête une modélisation d'une sorte de lecture en regard entre l'article et l'une de ses sources). Mais bon, le temps presse et j'ai un voyage à préparer — d'où le wikibreak personnalisé tout juste déposé sur ma page utilisateur.
On trouve de tout sur le million d'articles de la Wikipédia francophone. Ce blog est le récit d'une errance dans un monde encore sauvage…
Affichage des articles dont le libellé est portail. Afficher tous les articles
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vendredi 24 février 2012
Terrain expérimental
Thèmes :
Accessibilité,
Good news,
Politique,
portail,
Scientificité,
Sources
mardi 27 septembre 2011
Changer la politique…
On a beaucoup parlé au cours de ces dernières années de la « starification » ou « starisation » de la vie politique. L'iconisation de certaines figures, la scénarisation des parcours par le truchement de Storytellers, la mise en scène de la vie privée à des fins tactiques : toute sorte de choses qui contribuent à faire de la chose publique un succédané de mauvais cinéma.
Est-ce un reflux définitif ou un réaction ponctuelle ? Toujours est-il que ce procès paraît s'enrayer. Les stories ne font plus recettes. Emportée par l'onde de choc de la crise, la pipolitique apparaît pour ce qu'elle est : du pipeau. Les représentations individuelles s'effacent derrière les négociations collectives. Les récentes élections sénatoriales ne consacrent pas la victoire d'un homme mais celle d'une tendance structurelle : pour des raisons qui tiennent plus de la sociologie que de l'idéologie les zones rurales surreprésentés dans les collèges électoraux passent lentement à gauche. L'avènement d'une cohabitation entre la chambre basse et la chambre haute réhabilite le travail législatif : le parlement ne sera en rien un simple enregistreur. Il aura son mot à dire sur les orientations gouvernementales. Il imposera un rythme décisionnel, distinct de celui de l'exécutif.
Les nouveaux médias ont dans une certaine mesure anticipé ce retournement de paradigme. Des infrastructures numériques comme Twitter se sont avérées particulièrement adapté pour relayer les réalisations quotidiennes de la vie politique. Des comptes comme Authueil, Élu local et ZeFML ou des hashtags comme QAG (Questions Au Gouvernement) comblent amplement l'espace laissé libre par les médias généralistes.
J'en viens un peu à me demander si mon dernier portail ne participe pas de cette tendance. Il y a un peu plus de deux mois, je retravaillais de fond en comble le portail politique. Ce faisant, je m'apercevais qu'il était complètement « engorgé » : il comprend près de 41 000 articles, dont 11 000 fiches biographiques.
Il importait de décentraliser tout ça. D'où la création aujourd'hui même d'un portail Politique française qui vise, comme son nom l'indique, à regrouper l'ensemble des articles politiques ayant trait à la France.
Comme je le signale sur le projet politique, ce portail répond à un double impératif. Tout d'abord un impératif d'actualité : si les divers portails historiques permettent de se faire une bonne idée de la vie politique à des époques plus ou moins reculées, il n'existe à peu près rien sur la vie politique contemporaine. C'est paradoxal dans la mesure où son caractère présent immédiat intéresse tout particulièrement le lecteur français lambda. Ensuite un impératif d'objectivité : j'ai volontairement mis l'accent sur les détenteurs du pouvoir réel. Concrètement, les ministres sont listés dans la même box que les dirigeants des commissions parlementaires. Ou encore, dans le cas du Parti socialiste, des personnalités sans fonctions précises comme Ségolène Royal ou Laurent Fabius se retrouvent derrière des praticiens de la politique, plus discrets mais, dans les faits, plus influents. C'est ainsi qu'ont voit émerger toute une série d'acteurs peu voire pas du tout médiatisés, qui sont parfois absents de Wikipédia (un volontaire pour recréer Marc Fesneau, l'invisible secrétaire général du MODEM ?)
Autant dire tout de suite que ce portail n'est pas parfait. Certaines sections restent à faire (notamment le machin curieux qui s'appelle Événement où j'ai mis un peu tout ce qui sort de l'exercice ordinaire de la politique). Il y a encore un gros travail d'implantation de modèle dans les articles et catégories concernés — pour l'heure le portail n'est encore lié à… aucun article. J'ai encore du pain sur la planche pendant le restant de la semaine.
Si je me projette un peu à terme, je me dis que ce ne serais pas mal d'avoir l'équivalent pour d'autres grands pays : Allemagne, Royaume-Uni, États-Unis, Brésil, Chine… Il y a dans l'ensemble un vaste manque à combler sur la politique-quotidienne — carence qui bénéficie à la politique-spectacle. C'est typiquement le rôle d'une encyclopédie que d'y remédier.
Est-ce un reflux définitif ou un réaction ponctuelle ? Toujours est-il que ce procès paraît s'enrayer. Les stories ne font plus recettes. Emportée par l'onde de choc de la crise, la pipolitique apparaît pour ce qu'elle est : du pipeau. Les représentations individuelles s'effacent derrière les négociations collectives. Les récentes élections sénatoriales ne consacrent pas la victoire d'un homme mais celle d'une tendance structurelle : pour des raisons qui tiennent plus de la sociologie que de l'idéologie les zones rurales surreprésentés dans les collèges électoraux passent lentement à gauche. L'avènement d'une cohabitation entre la chambre basse et la chambre haute réhabilite le travail législatif : le parlement ne sera en rien un simple enregistreur. Il aura son mot à dire sur les orientations gouvernementales. Il imposera un rythme décisionnel, distinct de celui de l'exécutif.
Les nouveaux médias ont dans une certaine mesure anticipé ce retournement de paradigme. Des infrastructures numériques comme Twitter se sont avérées particulièrement adapté pour relayer les réalisations quotidiennes de la vie politique. Des comptes comme Authueil, Élu local et ZeFML ou des hashtags comme QAG (Questions Au Gouvernement) comblent amplement l'espace laissé libre par les médias généralistes.
J'en viens un peu à me demander si mon dernier portail ne participe pas de cette tendance. Il y a un peu plus de deux mois, je retravaillais de fond en comble le portail politique. Ce faisant, je m'apercevais qu'il était complètement « engorgé » : il comprend près de 41 000 articles, dont 11 000 fiches biographiques.
Il importait de décentraliser tout ça. D'où la création aujourd'hui même d'un portail Politique française qui vise, comme son nom l'indique, à regrouper l'ensemble des articles politiques ayant trait à la France.
Comme je le signale sur le projet politique, ce portail répond à un double impératif. Tout d'abord un impératif d'actualité : si les divers portails historiques permettent de se faire une bonne idée de la vie politique à des époques plus ou moins reculées, il n'existe à peu près rien sur la vie politique contemporaine. C'est paradoxal dans la mesure où son caractère présent immédiat intéresse tout particulièrement le lecteur français lambda. Ensuite un impératif d'objectivité : j'ai volontairement mis l'accent sur les détenteurs du pouvoir réel. Concrètement, les ministres sont listés dans la même box que les dirigeants des commissions parlementaires. Ou encore, dans le cas du Parti socialiste, des personnalités sans fonctions précises comme Ségolène Royal ou Laurent Fabius se retrouvent derrière des praticiens de la politique, plus discrets mais, dans les faits, plus influents. C'est ainsi qu'ont voit émerger toute une série d'acteurs peu voire pas du tout médiatisés, qui sont parfois absents de Wikipédia (un volontaire pour recréer Marc Fesneau, l'invisible secrétaire général du MODEM ?)
Autant dire tout de suite que ce portail n'est pas parfait. Certaines sections restent à faire (notamment le machin curieux qui s'appelle Événement où j'ai mis un peu tout ce qui sort de l'exercice ordinaire de la politique). Il y a encore un gros travail d'implantation de modèle dans les articles et catégories concernés — pour l'heure le portail n'est encore lié à… aucun article. J'ai encore du pain sur la planche pendant le restant de la semaine.
Si je me projette un peu à terme, je me dis que ce ne serais pas mal d'avoir l'équivalent pour d'autres grands pays : Allemagne, Royaume-Uni, États-Unis, Brésil, Chine… Il y a dans l'ensemble un vaste manque à combler sur la politique-quotidienne — carence qui bénéficie à la politique-spectacle. C'est typiquement le rôle d'une encyclopédie que d'y remédier.
jeudi 28 juillet 2011
Le portail inhabité…
J'avais promis à Meneldur (alias Ælfgar, alias Weneldur) de me distancer un peu de la Wikipolitique et de tout ce qui en découle (wikipetitesphrases, wikisperpentsdemers, wikistratagèmesdehautevoléepastoujoursconcluants…). La promesse est engageante : jetant un coup d'œil parfois distrait sur mes statistiques, je ne peux que constater que mon dernier billet sur le comité d'arbitrage a marché deux à trois fois mieux que mes billets « encyclopédiques » (le plus encyclopédique a d'ailleurs le moins bien marché). En même temps, les blogs ne manquent pas pour aborder, avec talent, ce type de thématique vendeuses. Si je tiens à me faire une petite place au soleil, il est nécessaire que j'accorde une place à ce qui est rarement traité : la majorité silencieuse des articles encyclopédiques.
Ce billet ne parlera donc pas de wikipolitique mais de… politique tout court. Ou, plus exactement, du portail politique et de son projet affilié. Il a été créé en novembre 2005 par Thierry Caro. A vrai dire, c'est plutôt tardif pour un portail de cette importance — par comparaison le portail musique, l'un des premiers de wikipédia si je ne m'abuse, a été conçu un an plus tôt (d'ailleurs la version d'origine est magnifique, quoiqu'elle a dû montrer rapidement ses limites). Ce retard n'augurait rien de bon, comme nous allons le voir.
Dans la mesure où les modèles correspondants aux cadres ont été supprimés, l'on ne peut connaître la gueule du premier portail politique. Souhaitant combler rapidement un manque, Thierry a recouru à une structure assez standard, que l'on retrouve un peu sur l'un de mes vieux portails, complètement à l'abandon, le portail des Lumières : des cadres colorés précédés d'un bandeau de couleur vive enchâssant un titre en gras.
Dès décembre, Pseudomoi tente d'individualiser davantage le portail (malheureusement, sa créature est aujourd'hui moins lisible encore que celle de Thierry). Le portail reste près de trois ans en l'état. Puis, En 2008, une refonte intervient : Flot2 crée un nouveau portail, marqué notamment par le regroupement des anciens cadres en un gros index thématique.
S'ensuit un nouveau cycle de trois ans, qui vient de s'achever il y a quelques jours à peine. Je ne suis pas étranger à ce renouvellement, loin de là.
La restructuration du portail politique figurait sur ma to-do-list depuis 2009. J'ai déjà fait état dans un précédent billet de mes tentatives, assez infructueuses, de mettre au point un article politique potable. Dans la lignée de ces travaux de restructuration, je m'étais inscrit au wikiconcours du printemps 2010 et avait formalisé à cette fin une liste élargie des articles à restaurer. Je ne mentionnais pas le portail, mais il devait nécessairement être touché par cette campagne de rénovation. Ce qui est advenu de ces bonnes résolutions a déjà dû concerner n'importe quel wikipédien tant soit peu actif : travail prenant — contributions sporadiques — travail très prenant — plus de contribution.
J'ignorais que la version du portail politique que j'avais sous les yeux était relativement récente. A vrai dire, je ne l'ai jamais aimée. Ni le rangement (l'index thématique, qui compose nécessairement le gros d'un portail, subit une sorte d'effet-iceberg : le lecteur doit scroller pour en percevoir la substantifique moelle), ni l'identité visuelle (l'ocre a probablement été adopté car il s'agit d'une couleur neutre en politique, mais il fait franchement usé). Je tenais à changer tout ceci à la première occasion. Celle-ci s'est présentée le week-end dernier.
Le samedi 23 juillet, je piquais ma crise face à la lourdeur de la page de discussion du projet. Faute d'avoir été archivée une seule fois depuis sa création, elle pesait quelques 300 000 octets. Montre en main, la moindre contribution sur cette page requérait une attente de plusieurs, voire une dizaine de secondes. Je virais le tout sur une archive annexe. Ce geste inaugural me donna des ailes. Quelques heures plus, j'annonçais mon intention de restructurer le machin.
En 2007, Serein m'avait initié aux règles et procédures non écrites de la création de portail. Il importe dans un premier temps d'importer un modèle quelconque sur une page personnelle, soit hors de l'espace encyclopédique. Puis, de le retravailler et d'opérer une sélection raisonnée des articles liés. Enfin, de déposer le travail ainsi réalisé sur le page du portail. Ce procès en trois temps explique pourquoi les historiques des portails sont généralement peu fournis (un peu moins d'une centaine de révisions sur le portail politique depuis 2005, alors qu'il s'agit d'un des plus instables de wiki). Je n'ai pas procédé autrement.
Peu après le dépôt de mon intention de restructurer, je crée une page personnelle et y importe telle quelle, le code html d'un portail récent et de bonne facture consacré à l'Empire allemand. Je me suis aperçu a posteriori que cette structure dérive en fait de la page d'accueil — cela explique sans doute le sentiment de familiarité que j'ai ressenti en la consultant la première fois. Mon cadre de base étant fixé, j'intégre les modèles du portail politique et, lorsque cela s'avère nécessaire, j'en crée de nouveau. Mon principal apport consiste à éclater l'index thématique en six modules distincts, plus aiséments cernables et consultables. J'en profite pour changer et simplifier les intitulés, ainsi que pour reconfigurer certaines subdivisions un peu problématiques (la Philosophie politique, qui se résumait à du name dropping devient Théorie et fédère quelques cinq disciplines distinctes).
À 20h00 et quelques, j'ai bouclé le lourd labeur. Il me reste un point subsidiaire à régler : quelle esthétique ? quelle identité visuelle ? Sans vouloir faire mon marketeux de base (car telle est ma formation) il me semble que l'apparence d'un portail influe beaucoup sur son audience (qui est très basse : de l'ordre de 200 à 300 visites quotidiennes) et aussi, plus indirectement, sur sa participation — personnellement, je suis beaucoup plus tenté de fréquenter le très accueillant portail musique classique… La facilité aurait consisté à garder le bleu de la page d'accueil. En effet, le modèle Accueil/Cadre n'autorise pas les changements de couleurs. Toutefois, ça me gênait qu'un portail aussi significatif soit réduit à l'état de simple décalque.
Forçant un un peu ma nature, plutôt rétive aux échafaudages informatiques, je mets au point un modèle politique. Je transporte à cette fin le code source (protégé) du modèle Accueil/Cadre dans une nouvelle page, Politique/Cadre2 et je remplace le fond dégradé bleu du titre par un fond dégradé rouge. Pourquoi rouge ? C'était le choix originel de Thierry Caro et je trouve qu'il se justifie plutôt : le rouge est, avec le bleu, la couleur la plus « politisée ». Wikipédia faisant déjà grand usage du bleu, il me paraissait naturel d'opter pour son contraire, moins fréquent.
Le lendemain-même, j'intègre le nouveau portail ainsi constitué. J'en profite pour régler le sort du projet, également en déshérence. Sans trop me prendre la tête, je crée une nouvelle page personnelle et généralise l'adoption de mon cadre rouge. À la fin du week-end, tout est bouclé.
L'on s'étonnera peut-être que cette campagne de rénovation, assez lourde et sensible, se soit effectuée en solitaire et sans concertation. Même si je l'avais souhaité, il n'était pas possible d'agir autrement. Le portail politique est un portail vide, dépeuplé. Son angle d'approche est beaucoup trop large pour intéresser une communauté encyclopédique. Les utilisateurs tendent plutôt à se réunir sur les portails subsidiaires, plus précis et plus proches de leurs préoccupations immédiates. En outre, plus globalement, les sujets touchant de près ou de loin à la politique souffre d'une désaffection assez profonde. D'expérience, j'ai pu me rendre compte qu'ils sont difficiles à sourcer. Les sciences politiques pâtissent de la concurrence de disciplines mieux organisées (histoire, sociologie, anthropologie…). Elles produisent finalement assez peu de travaux de qualité : les politologues succombent souvent à la tentation du coup médiatique et à force de fréquenter le milieu politique qu'ils sont censés étudier, finissent par se compromettre avec lui (histoire d'illustrer ma pensée, je citerai un archétype : Olivier Duhamel). Résultat des courses : le référencement des articles tourne à la haute voltige, les travaux les plus pertinents n'étant pas forcément les plus visibles ni les plus connus.
Pourtant, parce que le portail touche à une faculté humaine fondamentale, il existe un décalage considérable entre son activité attendue et son activité effective. Le 20 juillet, Dodoïste fait état d'un projet d'harmonisation d'infoboxes, potentiellement polémique. Il s'attend apparemment à provoquer un débat. Son discours s'habille de nombreuses marques de déférences formelles : « Je propose de toutes les standardiser » / « Est-ce que cela vous convient ». En réalité il parle (presque) dans le vide. Je suis le seul à répondre — positivement. Il s'en montre satisfait et s'attend visiblement à recevoir d'autres échos :
Il s'aperçoit rapidement que je suis son seul interlocuteur. Il entreprend sa campagne d'harmonisation sans demander son reste. Dans ce type de situation socio-linguistique, on mesure le pouvoir que peut soudainement acquérir une seule personne. Par défaut, je « suis » devenu pendant un temps assez bref le projet politique : il n'y avait personne d'autre à consulter, personne d'autre d'intéressé… Mon pouvoir de représentativité était considérable : si j'avais eu l'esprit un peu mal tourné, j'aurais pu aisément démonter la proposition de Dodoïste. Déconcerté par ce froid accueil, il ne l'aurait peut-être jamais mise en chantier. On mesure ici le danger de laisser les portails à l'abandon, surtout lorsqu'ils sont investis d'une charge encyclopédique aussi considérable que le portail politique. N'importe qui, pourvu d'une certaine assurance, peut s'en ériger le seigneur et maître et ralentir potentiellement les initiatives qui en dépendent.
Eh bien, maintenant que j'ai rénové la maison est-ce qu'il y aurait des volontaires pour venir l'habiter ? Le climat est plutôt ingrat, mais les opportunités ne manquent pas — tout reste à construire.
Ce billet ne parlera donc pas de wikipolitique mais de… politique tout court. Ou, plus exactement, du portail politique et de son projet affilié. Il a été créé en novembre 2005 par Thierry Caro. A vrai dire, c'est plutôt tardif pour un portail de cette importance — par comparaison le portail musique, l'un des premiers de wikipédia si je ne m'abuse, a été conçu un an plus tôt (d'ailleurs la version d'origine est magnifique, quoiqu'elle a dû montrer rapidement ses limites). Ce retard n'augurait rien de bon, comme nous allons le voir.
Dans la mesure où les modèles correspondants aux cadres ont été supprimés, l'on ne peut connaître la gueule du premier portail politique. Souhaitant combler rapidement un manque, Thierry a recouru à une structure assez standard, que l'on retrouve un peu sur l'un de mes vieux portails, complètement à l'abandon, le portail des Lumières : des cadres colorés précédés d'un bandeau de couleur vive enchâssant un titre en gras.
Dès décembre, Pseudomoi tente d'individualiser davantage le portail (malheureusement, sa créature est aujourd'hui moins lisible encore que celle de Thierry). Le portail reste près de trois ans en l'état. Puis, En 2008, une refonte intervient : Flot2 crée un nouveau portail, marqué notamment par le regroupement des anciens cadres en un gros index thématique.
S'ensuit un nouveau cycle de trois ans, qui vient de s'achever il y a quelques jours à peine. Je ne suis pas étranger à ce renouvellement, loin de là.
La restructuration du portail politique figurait sur ma to-do-list depuis 2009. J'ai déjà fait état dans un précédent billet de mes tentatives, assez infructueuses, de mettre au point un article politique potable. Dans la lignée de ces travaux de restructuration, je m'étais inscrit au wikiconcours du printemps 2010 et avait formalisé à cette fin une liste élargie des articles à restaurer. Je ne mentionnais pas le portail, mais il devait nécessairement être touché par cette campagne de rénovation. Ce qui est advenu de ces bonnes résolutions a déjà dû concerner n'importe quel wikipédien tant soit peu actif : travail prenant — contributions sporadiques — travail très prenant — plus de contribution.
J'ignorais que la version du portail politique que j'avais sous les yeux était relativement récente. A vrai dire, je ne l'ai jamais aimée. Ni le rangement (l'index thématique, qui compose nécessairement le gros d'un portail, subit une sorte d'effet-iceberg : le lecteur doit scroller pour en percevoir la substantifique moelle), ni l'identité visuelle (l'ocre a probablement été adopté car il s'agit d'une couleur neutre en politique, mais il fait franchement usé). Je tenais à changer tout ceci à la première occasion. Celle-ci s'est présentée le week-end dernier.
Le samedi 23 juillet, je piquais ma crise face à la lourdeur de la page de discussion du projet. Faute d'avoir été archivée une seule fois depuis sa création, elle pesait quelques 300 000 octets. Montre en main, la moindre contribution sur cette page requérait une attente de plusieurs, voire une dizaine de secondes. Je virais le tout sur une archive annexe. Ce geste inaugural me donna des ailes. Quelques heures plus, j'annonçais mon intention de restructurer le machin.
En 2007, Serein m'avait initié aux règles et procédures non écrites de la création de portail. Il importe dans un premier temps d'importer un modèle quelconque sur une page personnelle, soit hors de l'espace encyclopédique. Puis, de le retravailler et d'opérer une sélection raisonnée des articles liés. Enfin, de déposer le travail ainsi réalisé sur le page du portail. Ce procès en trois temps explique pourquoi les historiques des portails sont généralement peu fournis (un peu moins d'une centaine de révisions sur le portail politique depuis 2005, alors qu'il s'agit d'un des plus instables de wiki). Je n'ai pas procédé autrement.
Peu après le dépôt de mon intention de restructurer, je crée une page personnelle et y importe telle quelle, le code html d'un portail récent et de bonne facture consacré à l'Empire allemand. Je me suis aperçu a posteriori que cette structure dérive en fait de la page d'accueil — cela explique sans doute le sentiment de familiarité que j'ai ressenti en la consultant la première fois. Mon cadre de base étant fixé, j'intégre les modèles du portail politique et, lorsque cela s'avère nécessaire, j'en crée de nouveau. Mon principal apport consiste à éclater l'index thématique en six modules distincts, plus aiséments cernables et consultables. J'en profite pour changer et simplifier les intitulés, ainsi que pour reconfigurer certaines subdivisions un peu problématiques (la Philosophie politique, qui se résumait à du name dropping devient Théorie et fédère quelques cinq disciplines distinctes).
À 20h00 et quelques, j'ai bouclé le lourd labeur. Il me reste un point subsidiaire à régler : quelle esthétique ? quelle identité visuelle ? Sans vouloir faire mon marketeux de base (car telle est ma formation) il me semble que l'apparence d'un portail influe beaucoup sur son audience (qui est très basse : de l'ordre de 200 à 300 visites quotidiennes) et aussi, plus indirectement, sur sa participation — personnellement, je suis beaucoup plus tenté de fréquenter le très accueillant portail musique classique… La facilité aurait consisté à garder le bleu de la page d'accueil. En effet, le modèle Accueil/Cadre n'autorise pas les changements de couleurs. Toutefois, ça me gênait qu'un portail aussi significatif soit réduit à l'état de simple décalque.
Forçant un un peu ma nature, plutôt rétive aux échafaudages informatiques, je mets au point un modèle politique. Je transporte à cette fin le code source (protégé) du modèle Accueil/Cadre dans une nouvelle page, Politique/Cadre2 et je remplace le fond dégradé bleu du titre par un fond dégradé rouge. Pourquoi rouge ? C'était le choix originel de Thierry Caro et je trouve qu'il se justifie plutôt : le rouge est, avec le bleu, la couleur la plus « politisée ». Wikipédia faisant déjà grand usage du bleu, il me paraissait naturel d'opter pour son contraire, moins fréquent.
Le lendemain-même, j'intègre le nouveau portail ainsi constitué. J'en profite pour régler le sort du projet, également en déshérence. Sans trop me prendre la tête, je crée une nouvelle page personnelle et généralise l'adoption de mon cadre rouge. À la fin du week-end, tout est bouclé.
L'on s'étonnera peut-être que cette campagne de rénovation, assez lourde et sensible, se soit effectuée en solitaire et sans concertation. Même si je l'avais souhaité, il n'était pas possible d'agir autrement. Le portail politique est un portail vide, dépeuplé. Son angle d'approche est beaucoup trop large pour intéresser une communauté encyclopédique. Les utilisateurs tendent plutôt à se réunir sur les portails subsidiaires, plus précis et plus proches de leurs préoccupations immédiates. En outre, plus globalement, les sujets touchant de près ou de loin à la politique souffre d'une désaffection assez profonde. D'expérience, j'ai pu me rendre compte qu'ils sont difficiles à sourcer. Les sciences politiques pâtissent de la concurrence de disciplines mieux organisées (histoire, sociologie, anthropologie…). Elles produisent finalement assez peu de travaux de qualité : les politologues succombent souvent à la tentation du coup médiatique et à force de fréquenter le milieu politique qu'ils sont censés étudier, finissent par se compromettre avec lui (histoire d'illustrer ma pensée, je citerai un archétype : Olivier Duhamel). Résultat des courses : le référencement des articles tourne à la haute voltige, les travaux les plus pertinents n'étant pas forcément les plus visibles ni les plus connus.
Pourtant, parce que le portail touche à une faculté humaine fondamentale, il existe un décalage considérable entre son activité attendue et son activité effective. Le 20 juillet, Dodoïste fait état d'un projet d'harmonisation d'infoboxes, potentiellement polémique. Il s'attend apparemment à provoquer un débat. Son discours s'habille de nombreuses marques de déférences formelles : « Je propose de toutes les standardiser » / « Est-ce que cela vous convient ». En réalité il parle (presque) dans le vide. Je suis le seul à répondre — positivement. Il s'en montre satisfait et s'attend visiblement à recevoir d'autres échos :
Vu justement qu'il y a des modèles assez différents de la plupart, je crains de heurter les préférences de chacun en harmonisant le tout. Content d'avoir déjà une réponse positive […] Est-ce que le projet politique est prêt à aller dans ce sens ?
Il s'aperçoit rapidement que je suis son seul interlocuteur. Il entreprend sa campagne d'harmonisation sans demander son reste. Dans ce type de situation socio-linguistique, on mesure le pouvoir que peut soudainement acquérir une seule personne. Par défaut, je « suis » devenu pendant un temps assez bref le projet politique : il n'y avait personne d'autre à consulter, personne d'autre d'intéressé… Mon pouvoir de représentativité était considérable : si j'avais eu l'esprit un peu mal tourné, j'aurais pu aisément démonter la proposition de Dodoïste. Déconcerté par ce froid accueil, il ne l'aurait peut-être jamais mise en chantier. On mesure ici le danger de laisser les portails à l'abandon, surtout lorsqu'ils sont investis d'une charge encyclopédique aussi considérable que le portail politique. N'importe qui, pourvu d'une certaine assurance, peut s'en ériger le seigneur et maître et ralentir potentiellement les initiatives qui en dépendent.
Eh bien, maintenant que j'ai rénové la maison est-ce qu'il y aurait des volontaires pour venir l'habiter ? Le climat est plutôt ingrat, mais les opportunités ne manquent pas — tout reste à construire.
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