On a beaucoup parlé au cours de ces dernières années de la « starification » ou « starisation » de la vie politique. L'iconisation de certaines figures, la scénarisation des parcours par le truchement de Storytellers, la mise en scène de la vie privée à des fins tactiques : toute sorte de choses qui contribuent à faire de la chose publique un succédané de mauvais cinéma.
Est-ce un reflux définitif ou un réaction ponctuelle ? Toujours est-il que ce procès paraît s'enrayer. Les stories ne font plus recettes. Emportée par l'onde de choc de la crise, la pipolitique apparaît pour ce qu'elle est : du pipeau. Les représentations individuelles s'effacent derrière les négociations collectives. Les récentes élections sénatoriales ne consacrent pas la victoire d'un homme mais celle d'une tendance structurelle : pour des raisons qui tiennent plus de la sociologie que de l'idéologie les zones rurales surreprésentés dans les collèges électoraux passent lentement à gauche. L'avènement d'une cohabitation entre la chambre basse et la chambre haute réhabilite le travail législatif : le parlement ne sera en rien un simple enregistreur. Il aura son mot à dire sur les orientations gouvernementales. Il imposera un rythme décisionnel, distinct de celui de l'exécutif.
Les nouveaux médias ont dans une certaine mesure anticipé ce retournement de paradigme. Des infrastructures numériques comme Twitter se sont avérées particulièrement adapté pour relayer les réalisations quotidiennes de la vie politique. Des comptes comme Authueil, Élu local et ZeFML ou des hashtags comme QAG (Questions Au Gouvernement) comblent amplement l'espace laissé libre par les médias généralistes.
J'en viens un peu à me demander si mon dernier portail ne participe pas de cette tendance. Il y a un peu plus de deux mois, je retravaillais de fond en comble le portail politique. Ce faisant, je m'apercevais qu'il était complètement « engorgé » : il comprend près de 41 000 articles, dont 11 000 fiches biographiques.
Il importait de décentraliser tout ça. D'où la création aujourd'hui même d'un portail Politique française qui vise, comme son nom l'indique, à regrouper l'ensemble des articles politiques ayant trait à la France.
Comme je le signale sur le projet politique, ce portail répond à un double impératif. Tout d'abord un impératif d'actualité : si les divers portails historiques permettent de se faire une bonne idée de la vie politique à des époques plus ou moins reculées, il n'existe à peu près rien sur la vie politique contemporaine. C'est paradoxal dans la mesure où son caractère présent immédiat intéresse tout particulièrement le lecteur français lambda. Ensuite un impératif d'objectivité : j'ai volontairement mis l'accent sur les détenteurs du pouvoir réel. Concrètement, les ministres sont listés dans la même box que les dirigeants des commissions parlementaires. Ou encore, dans le cas du Parti socialiste, des personnalités sans fonctions précises comme Ségolène Royal ou Laurent Fabius se retrouvent derrière des praticiens de la politique, plus discrets mais, dans les faits, plus influents. C'est ainsi qu'ont voit émerger toute une série d'acteurs peu voire pas du tout médiatisés, qui sont parfois absents de Wikipédia (un volontaire pour recréer Marc Fesneau, l'invisible secrétaire général du MODEM ?)
Autant dire tout de suite que ce portail n'est pas parfait. Certaines sections restent à faire (notamment le machin curieux qui s'appelle Événement où j'ai mis un peu tout ce qui sort de l'exercice ordinaire de la politique). Il y a encore un gros travail d'implantation de modèle dans les articles et catégories concernés — pour l'heure le portail n'est encore lié à… aucun article. J'ai encore du pain sur la planche pendant le restant de la semaine.
Si je me projette un peu à terme, je me dis que ce ne serais pas mal d'avoir l'équivalent pour d'autres grands pays : Allemagne, Royaume-Uni, États-Unis, Brésil, Chine… Il y a dans l'ensemble un vaste manque à combler sur la politique-quotidienne — carence qui bénéficie à la politique-spectacle. C'est typiquement le rôle d'une encyclopédie que d'y remédier.
On trouve de tout sur le million d'articles de la Wikipédia francophone. Ce blog est le récit d'une errance dans un monde encore sauvage…
mardi 27 septembre 2011
samedi 24 septembre 2011
Et pourtant elle tourne…
Cet après-midi, en descendant le boulevard Saint-Germain, je suis tombé nez-à-nez avec ceci :
Deux messages contradictoires se succèdent. Le panneau supérieur nous dit d'abord que ce distributeur est en service. La présence de scotchs croisés et d'une mention HS spécifient en fait qu'il ne fonctionne pas.
Pour comprendre Wikipédia, il suffit d'inverser cette image. Un panneau indique qu'elle est Hors service. Et pourtant elle tourne…
Deux messages contradictoires se succèdent. Le panneau supérieur nous dit d'abord que ce distributeur est en service. La présence de scotchs croisés et d'une mention HS spécifient en fait qu'il ne fonctionne pas.
Pour comprendre Wikipédia, il suffit d'inverser cette image. Un panneau indique qu'elle est Hors service. Et pourtant elle tourne…
mercredi 21 septembre 2011
Référendum sur le Comité d'arbitrage…
J’ai généralement pour habitude d’écrire des billets longs. Les circonstances du moment m’incitent à tenter la brièveté.
Comme chacun a pu le remarquer les élections pour le renouvellement du Comité d'arbitrage se sont finalement muées en référendum. De nombreux utilisateurs ont décidé de s’opposer à toutes les candidature proposées, à telle fin que le prochain comité se composera probablement d’un effectif trop réduit pour véritablement fonctionner.
Comme le souligne Argos, le règlement du Comité d'arbitrage présuppose un seuil de validation de 2/3. Concrètement, un vote contre vaut en moyenne deux votes pour. Ce seuil ne pose pas de problème en lui-même : il importe en effet qu’un arbitre soit consensuel et accumule un minimum d’inimitiés dans l’espace encyclopédique. Ce qui pose problème c’est l’usage qui en est fait.
Le Comité d’arbitrage fait actuellement face à une opposition multiforme. Certains estiment que la réforme du 2010 a eu un effet plus pervers que salutaire. D’autres pensent que le vers était dans le fruit et que le Comité est par principe incompétent. Ces critiques ne sont pas infondées. De nombreux candidats se sont efforcées d’y répondre, en proposant des solutions plus ou moins radicales : institutionnalisation du statut d’arbitre, abandon progressive du simple blocage au profit de dispositions empiriques, refonte du salon de médiation, acceptation quasi-systématique des demandes d’arbitrage, mise en place d’une page de contestation… Or, la politique des contre systématiques ne donne pas seulement une prime aux suppressionnistes. Elle pénalise les tentatives de réformes qui, simplement parce qu’elles sont déjà dans une posture de légitimation, peinent de toute manière à s’affirmer.
Quitte à détourner une élection, autant que ça marche dans les deux sens. Les contributeurs intéressés à l’avenir de cette institution se devraient ainsi de pratiquer le vote inverse : un oui systématique adressé à l'ensemble des candidats, sauf répulsion particulière.
Le déséquilibre des seuils ne permet certes pas l'exercice d'un véritable référendum. On s'en approchera du moins, dès lors que la communauté prendra pleinement conscience de cette déformation des élections originelles.
Comme chacun a pu le remarquer les élections pour le renouvellement du Comité d'arbitrage se sont finalement muées en référendum. De nombreux utilisateurs ont décidé de s’opposer à toutes les candidature proposées, à telle fin que le prochain comité se composera probablement d’un effectif trop réduit pour véritablement fonctionner.
Comme le souligne Argos, le règlement du Comité d'arbitrage présuppose un seuil de validation de 2/3. Concrètement, un vote contre vaut en moyenne deux votes pour. Ce seuil ne pose pas de problème en lui-même : il importe en effet qu’un arbitre soit consensuel et accumule un minimum d’inimitiés dans l’espace encyclopédique. Ce qui pose problème c’est l’usage qui en est fait.
Le Comité d’arbitrage fait actuellement face à une opposition multiforme. Certains estiment que la réforme du 2010 a eu un effet plus pervers que salutaire. D’autres pensent que le vers était dans le fruit et que le Comité est par principe incompétent. Ces critiques ne sont pas infondées. De nombreux candidats se sont efforcées d’y répondre, en proposant des solutions plus ou moins radicales : institutionnalisation du statut d’arbitre, abandon progressive du simple blocage au profit de dispositions empiriques, refonte du salon de médiation, acceptation quasi-systématique des demandes d’arbitrage, mise en place d’une page de contestation… Or, la politique des contre systématiques ne donne pas seulement une prime aux suppressionnistes. Elle pénalise les tentatives de réformes qui, simplement parce qu’elles sont déjà dans une posture de légitimation, peinent de toute manière à s’affirmer.
Quitte à détourner une élection, autant que ça marche dans les deux sens. Les contributeurs intéressés à l’avenir de cette institution se devraient ainsi de pratiquer le vote inverse : un oui systématique adressé à l'ensemble des candidats, sauf répulsion particulière.
Le déséquilibre des seuils ne permet certes pas l'exercice d'un véritable référendum. On s'en approchera du moins, dès lors que la communauté prendra pleinement conscience de cette déformation des élections originelles.
lundi 19 septembre 2011
Les Wikipédias sans Comité d'arbitrage : le cas italien.
Les élections pour le renouvellement du Comité d’arbitrage commencent demain (en fait ce soir-même à minuit). Au cours de ces deux dernières semaines, elles ont inspiré de nombreux débats théoriques sur le futur de cette institution. Certains souhaitent une réforme en profondeur, d’autres de simples aménagements empiriques à la réforme de 2010. Quelques uns vont jusqu’à prôner sa disparition. J’ai déjà donné mon opinion là-dessus sur ma page de candidature. Je n’ai rien à rajouter.
Je souhaiterais toutefois livrer ma petite analyse sur une interrogation qui a commencé à émerger sur le bistro d’hier et paraît beaucoup peser dans le débat : quid des Wikipédias sans Comité d’arbitrage ? Celui de la Wikipedia hispanophone (ou Wikipédia.es) a disparu en 2009. La Wikipedia italianophone n’en a apparemment jamais eu. Ces deux wikipédias parviennent-elles à gérer efficacement leurs conflits ? Ont-elles mis en place des organismes de substitution ? Si oui de quelle sorte ? Toute sorte de questions
Pour des raisons d’affinités et de connaissances personnelles, je me suis uniquement penché sur le cas de Wikipédia.it. Si j’ai le temps je ferais peut-être un second billet sur Wikipedia.es…
Mentionnons d’office la principale divergence entre Wikipedia.it et Wikipedia.fr : le mandat d’amministratore n’est pas éternel. Depuis janvier 2010, nos collègues transalpins ont adopté le principe de Riconferma annuale : chaque année les administrateurs en place doivent automatiquement renouveler leur statut. Quelque part, cette procédure rapproche les amministratori des arbitres : le mandat est limité dans le temps, le mandaté doit rendre des compte et dresser un bilan effectif de ses actions. Il semblerait que les italianophones ont adopté une position exactement inverse à l'actuelle Prise de décision sur le cumul des mandats d'arbitre et d'administrateur : au lieu d'être clairement distinguées, les deux fonctions tendent à fusionner en une seule.
Ceci noté, examinons un peu la page consacrée à la résolution de conflit (ou Risoluzione dei conflitti). Elle formalise un processus en trois étapes. Tout d’abord, l’utilisateur est invité à contacter le compte avec lequel il est en conflit sur sa page de discussion (jusqu’ici rien de très normal). Ensuite, si la discussion dégénère, on peut faire appel à un médiateur, soit à un utilisateur neutre, de préférence administrateur (un fonctionnement assez semblable au Salon de médiation à ceci près que l’on insiste préférentiellement sur le cumul administrateur-médiateur). Enfin, si la médiation échoue, il est possible de lancer une richiesta di pareri (ou demande d’avis). En dépit de la similarité lexicale, les richieste ne correspondent pas aux Requêtes aux administrateurs. Tous les contributeurs réguliers sont en effet invités à donner leur avis — à charge pour un administrateur d’appliquer la décision consensuelle.
Or, comme sur wikipédia.fr, les décisions ne sont pas toujours consensuelles. Face à cela, les italiens ont mis au point des jokers : les ultimi soluzioni. Concrètement, les conflits théoriques peuvent donner lieu à un sondaggi — un équivalent de nos PDDs. Les conflits de personnes peuvent être soumis à la page Utenti problematici (utilisateurs problématiques) ou, si un administrateur est en cause, à la page Ammistratori problematici.
Ces solutions de la dernière chance fonctionnent-elles ? Pas très bien en dehors des utenti problematici. Par contraste avec nos PDDs, les sondaggi sont finalement assez peu utilisés (un seul déposé depuis le début de l’année). Dans une même optique, les contestations du statut d’administrateurs sont devenues rarissimes depuis la fin de l’année dernière. Comme le souligne une IP sur une page de discussion : « Lorsqu’on est élu administrateur, on ne reçoit pas une médaille mais un gilet pare-balle (ou, plus exactement, anti-blocage) ».
Il faut reconnaître que le principe d’une reconfirmation du statut tend à décourager les contestations : mieux vaut attendre quelques mois plutôt que de se risquer à entreprendre une procédure assez lourde qui conclut quasi-systématiquement sur la confirmation du statut.
Notons également, à titre historique, l’existence d’une Votazioni sulla messa al bando (littéralement un Vote sur la mise au ban). Cette procédure impliquait de faire voter le destin d’un contributeur problématique. Elle demeure inusité depuis 2009.
En fin de compte, une fois qu’on laisse de côté les procédures désuettes, la Risoluzione dei confitti paraît singulièrement squelettique. Aucune instance autonome ne permet de gérer les conflits entre administrateurs ou entre administrateurs et péons. Le consensus est constamment réclamé, sans que rien ne permette de combler son absence. Comment ce système parvient-il à fonctionner, alors que les RAs s’avèrent généralement incapables de résoudre un conflit durable ?
Ce fonctionnement miraculeux ne tient pas tant à une hypothétique bonne volonté des contributeurs italiens qu’à la structure de la vie communautaire sur Wikpedia.it. Il y a deux fois moins d’amministratore que d’administrateurs (globalement 100 vs. 200). Le rapport d'utilisateurs actifs entre dans les mêmes proportions (2900 vs. 5100). Pour ce que j’ai pu en voir, les discussions théoriques sur l’organisation de l’encyclopédie restent assez limités. Les indications temporelles de l’agrégateur Pianeta Wikimedia sont évocatrices : au cours des deux derniers mois, neuf billets seulement ont été relayés. Le bistro local ou Bar possède une activité très restreinte, uniquement cantonné à de sujets de fond (on est assez loin de notre no man’s land biscornu pour habitués…)
Dans l’ensemble, les interfaces communautaires sont singulièrement réduites. En dehors d’IRC, il n’y a pas vraiment de lieu pour échanger ou méta-communiquer sur ce qui se passe. Cela réduit fortement les probabilités d’un conflit de personne.
Tout ça pour dire quoi ? Que Wikipedia.it diffère structurellement de Wikipedia.fr. Les besoins préludant à l’organisation ne sont pas du tout les mêmes, que l’on en juge quantitativement ou qualitativement. Là où fr est pénalisé par de profondes divisions internes, it souffre d’un certain manque de dynamisme (le nombre de contributeurs actifs stagne complètement depuis 2008). Cette caractérisation n’a peut-être rien de surprenant. Dans la mesure où Wikipédia.fr fait face à un important afflux de contributeurs actifs depuis un an (+300), elle se livre assez naturellement à une importante introspection sur sa manière de faire.
Je souhaiterais toutefois livrer ma petite analyse sur une interrogation qui a commencé à émerger sur le bistro d’hier et paraît beaucoup peser dans le débat : quid des Wikipédias sans Comité d’arbitrage ? Celui de la Wikipedia hispanophone (ou Wikipédia.es) a disparu en 2009. La Wikipedia italianophone n’en a apparemment jamais eu. Ces deux wikipédias parviennent-elles à gérer efficacement leurs conflits ? Ont-elles mis en place des organismes de substitution ? Si oui de quelle sorte ? Toute sorte de questions
Pour des raisons d’affinités et de connaissances personnelles, je me suis uniquement penché sur le cas de Wikipédia.it. Si j’ai le temps je ferais peut-être un second billet sur Wikipedia.es…
Mentionnons d’office la principale divergence entre Wikipedia.it et Wikipedia.fr : le mandat d’amministratore n’est pas éternel. Depuis janvier 2010, nos collègues transalpins ont adopté le principe de Riconferma annuale : chaque année les administrateurs en place doivent automatiquement renouveler leur statut. Quelque part, cette procédure rapproche les amministratori des arbitres : le mandat est limité dans le temps, le mandaté doit rendre des compte et dresser un bilan effectif de ses actions. Il semblerait que les italianophones ont adopté une position exactement inverse à l'actuelle Prise de décision sur le cumul des mandats d'arbitre et d'administrateur : au lieu d'être clairement distinguées, les deux fonctions tendent à fusionner en une seule.
Ceci noté, examinons un peu la page consacrée à la résolution de conflit (ou Risoluzione dei conflitti). Elle formalise un processus en trois étapes. Tout d’abord, l’utilisateur est invité à contacter le compte avec lequel il est en conflit sur sa page de discussion (jusqu’ici rien de très normal). Ensuite, si la discussion dégénère, on peut faire appel à un médiateur, soit à un utilisateur neutre, de préférence administrateur (un fonctionnement assez semblable au Salon de médiation à ceci près que l’on insiste préférentiellement sur le cumul administrateur-médiateur). Enfin, si la médiation échoue, il est possible de lancer une richiesta di pareri (ou demande d’avis). En dépit de la similarité lexicale, les richieste ne correspondent pas aux Requêtes aux administrateurs. Tous les contributeurs réguliers sont en effet invités à donner leur avis — à charge pour un administrateur d’appliquer la décision consensuelle.
Or, comme sur wikipédia.fr, les décisions ne sont pas toujours consensuelles. Face à cela, les italiens ont mis au point des jokers : les ultimi soluzioni. Concrètement, les conflits théoriques peuvent donner lieu à un sondaggi — un équivalent de nos PDDs. Les conflits de personnes peuvent être soumis à la page Utenti problematici (utilisateurs problématiques) ou, si un administrateur est en cause, à la page Ammistratori problematici.
Ces solutions de la dernière chance fonctionnent-elles ? Pas très bien en dehors des utenti problematici. Par contraste avec nos PDDs, les sondaggi sont finalement assez peu utilisés (un seul déposé depuis le début de l’année). Dans une même optique, les contestations du statut d’administrateurs sont devenues rarissimes depuis la fin de l’année dernière. Comme le souligne une IP sur une page de discussion : « Lorsqu’on est élu administrateur, on ne reçoit pas une médaille mais un gilet pare-balle (ou, plus exactement, anti-blocage) ».
Il faut reconnaître que le principe d’une reconfirmation du statut tend à décourager les contestations : mieux vaut attendre quelques mois plutôt que de se risquer à entreprendre une procédure assez lourde qui conclut quasi-systématiquement sur la confirmation du statut.
Notons également, à titre historique, l’existence d’une Votazioni sulla messa al bando (littéralement un Vote sur la mise au ban). Cette procédure impliquait de faire voter le destin d’un contributeur problématique. Elle demeure inusité depuis 2009.
En fin de compte, une fois qu’on laisse de côté les procédures désuettes, la Risoluzione dei confitti paraît singulièrement squelettique. Aucune instance autonome ne permet de gérer les conflits entre administrateurs ou entre administrateurs et péons. Le consensus est constamment réclamé, sans que rien ne permette de combler son absence. Comment ce système parvient-il à fonctionner, alors que les RAs s’avèrent généralement incapables de résoudre un conflit durable ?
Ce fonctionnement miraculeux ne tient pas tant à une hypothétique bonne volonté des contributeurs italiens qu’à la structure de la vie communautaire sur Wikpedia.it. Il y a deux fois moins d’amministratore que d’administrateurs (globalement 100 vs. 200). Le rapport d'utilisateurs actifs entre dans les mêmes proportions (2900 vs. 5100). Pour ce que j’ai pu en voir, les discussions théoriques sur l’organisation de l’encyclopédie restent assez limités. Les indications temporelles de l’agrégateur Pianeta Wikimedia sont évocatrices : au cours des deux derniers mois, neuf billets seulement ont été relayés. Le bistro local ou Bar possède une activité très restreinte, uniquement cantonné à de sujets de fond (on est assez loin de notre no man’s land biscornu pour habitués…)
Dans l’ensemble, les interfaces communautaires sont singulièrement réduites. En dehors d’IRC, il n’y a pas vraiment de lieu pour échanger ou méta-communiquer sur ce qui se passe. Cela réduit fortement les probabilités d’un conflit de personne.
Tout ça pour dire quoi ? Que Wikipedia.it diffère structurellement de Wikipedia.fr. Les besoins préludant à l’organisation ne sont pas du tout les mêmes, que l’on en juge quantitativement ou qualitativement. Là où fr est pénalisé par de profondes divisions internes, it souffre d’un certain manque de dynamisme (le nombre de contributeurs actifs stagne complètement depuis 2008). Cette caractérisation n’a peut-être rien de surprenant. Dans la mesure où Wikipédia.fr fait face à un important afflux de contributeurs actifs depuis un an (+300), elle se livre assez naturellement à une importante introspection sur sa manière de faire.
vendredi 16 septembre 2011
wiki-roman-feuilleton (16/60)
J'avais promis de limiter les incursions de mon feuilleton afin de préserver l'identité proprement wikipédienne de ce blog. Cependant, cet épisode présente un certain nombre d'allusions distordues à l'activité et au foklore de l'encyclopédie en ligne. Enjoy…
Guido Colón était soucieux. Il n’en avait rien laissé paraître à Ramaad afin de ne pas le démotiver. A mesure que le TTGV se rapprochait de Genève, ce masque confiant s’estompait. Il cogitait.
De fait, mener une enquête à Genève n’avait rien d’un travail de routine. Il allait falloir ruser, composer avec une multitude d’acteurs différents (les autorités cantonales, la Fondation, la cabale, d’invisibles ennemis…). L’on ne pouvait vraiment compter que sur soi-même. Dur job.
Le TTGV décélérait. Il pénétrait doucement la Grande Gare Souterraine, qualifiée de GGS ou de Souterraine par les gens pressés. Ramaad tira parti des dernières minutes d’approche pour grignoter un kebab végétarien. En dépit de nombreuses tentatives d’accoutumance, son estomac travaillait mal à des vitesses excédant 500 km/h.
Guido Colón connaissait bien la GGS et ses couloirs à tiroirs. Il prit Ramaad par le bras et le guida comme il guiderait un petit enfant. Ils prirent successivement trois escalators, saisirent deux tapis roulants, traversèrent cinq portes automatiques et attrapèrent le sous-marin qui effectuait la navette entre la GGS et la surface du Lac Léman — un bon raccourci.
Ils étaient à peine arrivé à la surface, qu’un conversant-taxi les héla. Colón déclina cette proposition un peu trop appuyée. Le conversant se permit de répondre (son comportement devait être de tout évidence décalqué sur celui d’un vrai taxi) :
Guido Colón était soucieux. Il n’en avait rien laissé paraître à Ramaad afin de ne pas le démotiver. A mesure que le TTGV se rapprochait de Genève, ce masque confiant s’estompait. Il cogitait.
— Quelque chose ne va pas ?Ramaad connaissait ce terme. Il faisait originellement parti du folklore associatif. Puis, avec le temps, il avait pris une ampleur plus inquiétante. Au début des années 30, la Fondation avait même failli éclater sous la pression d’une multitude de ligues occultes (le nom de certaines d’entre elles demeuraient un mystère : que cherchaient au juste les inclusionnistes ?). Une ferme reprise en main s’en était suivie, mais les ligues subsistaient : certaines passaient dans l’underground et connaissaient des fortunes plus ou moins variables (plusieurs rumeurs faisaient état d’une affiliation du trésorier de l’encyclopédie francophone avec la ligue jeune-administrateur) ; d’autres conservaient une mainmise locale : c’était le cas de la cabale romande.
— Non. Enfin, j’espère que non.
— J’espère ?
— Nous ne serons pas forcément aidé. Officiellement, le centre wikipédien de Genève dépend du siège francophone de la Fondation — donc de Paris. En réalité il y a, comment dire, une cabale
De fait, mener une enquête à Genève n’avait rien d’un travail de routine. Il allait falloir ruser, composer avec une multitude d’acteurs différents (les autorités cantonales, la Fondation, la cabale, d’invisibles ennemis…). L’on ne pouvait vraiment compter que sur soi-même. Dur job.
Le TTGV décélérait. Il pénétrait doucement la Grande Gare Souterraine, qualifiée de GGS ou de Souterraine par les gens pressés. Ramaad tira parti des dernières minutes d’approche pour grignoter un kebab végétarien. En dépit de nombreuses tentatives d’accoutumance, son estomac travaillait mal à des vitesses excédant 500 km/h.
Guido Colón connaissait bien la GGS et ses couloirs à tiroirs. Il prit Ramaad par le bras et le guida comme il guiderait un petit enfant. Ils prirent successivement trois escalators, saisirent deux tapis roulants, traversèrent cinq portes automatiques et attrapèrent le sous-marin qui effectuait la navette entre la GGS et la surface du Lac Léman — un bon raccourci.
Ils étaient à peine arrivé à la surface, qu’un conversant-taxi les héla. Colón déclina cette proposition un peu trop appuyée. Le conversant se permit de répondre (son comportement devait être de tout évidence décalqué sur celui d’un vrai taxi) :
— Vous avez tort. On peut facilement se perdre dans Genève.
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